Kealhofer, Leslie

Prof. Catherine Perry

University of Notre Dame

Non-native speaker

 

« Le jour n’a d’égal que la nuit » : l’immobilité, la culpabilité et le rôle de la lumière

dans Kamouraska d’Anne Hébert

 

            Dans Kamouraska, la lumière est présente dans des contextes différents, et la signification de la lumière change selon les situations et les personnages.  Hébert utilise la lumière pour explorer les thèmes de la culpabilité, de l’innocence, et de la justice divine.  On peut alors se poser la question de savoir s’il existe une signification dans le roman qui lie ces différents thèmes.  En particulier, la représentation de la lumière est-elle constante dans le livre ?  En effet, Hébert met la lumière en contraste avec l’ombre et la nuit pour révéler des distinctions entre le protagoniste, Elisabeth, et son amant, le docteur George Nelson.  Elisabeth revisite ses souvenirs, qui sont encadrés par la présence ou l’absence de lumière et qui servent d’angle d’approche pour une exploration de ces thèmes.  Bien sûr, dans le contexte religieux, la lumière et l’obscurité représentent souvent le Bien et le Mal, mais on ne peut pas appliquer cette définition de manière si simple dans Kamouraska.[1]  Alors, que révèle la lumière par rapport à Elisabeth hormis une exploration de la culpabilité et de la justice divine ?  L’omniprésence de Dieu est, bien sûr, évidente dans ce roman mais la façon dont Hébert met l’emphase sur la lumière révèle une compréhension plus profonde de la vie d’Elisabeth et de sa position dans la société. 

Après dix-huit ans d’un second mariage avec quelqu’un qu’elle n’aime pas, Elisabeth revisite les moments les plus marquants de sa vie, et l’expression de ces situations est soulignée par la présence de la lumière.  Elisabeth retourne au lieu pacifique de son enfance dans ses pensées, alors qu’en réalité elle veille son deuxième mari qui est en train de mourir, et en même temps, revit le meurtre de son premier mari par son amant, George.  C’est pendant ces instants passés entre la vie et la mort de son mari actuel qu’elle revisite son rôle dans la mort de son premier mari, un geste qui commence par une exploration de sa culpabilité ou de sa non-culpabilité dans cet événement.  Ici, la lumière, et les conséquences potentielles de la lumière figurative, représentent une révélation de la vérité, une vérité qu’Elisabeth ne veut pas que l’on sache.  Le style d’écriture adopté par Hébert suggère la difficulté de déterminer la définition de la barrière entre la culpabilité et l’innocence dans le cas d’Elisabeth.  Dans ces souvenirs de l’enfance d’Elisabeth et de la vie intime avec ses tantes, en revanche, la présentation de la lumière souligne facilement les différences entre ces moments paisibles dans la vie d’Elisabeth et les moments suivants, remplis de mort, de violence, et de noirceur. 

            À la différence de la présentation de la lumière comme négative chez Antoine Tassy, le premier mari d’Elisabeth, et Jérôme Rolland, son mari actuel, la lumière rassurante chez les tantes d’Elisabeth représente la sécurité de la vie intime, une sécurité qu’elle a vécue pendant son enfance.  Elisabeth explique ce sentiment de sécurité en se demandant : « D’où vient ce calme, cette lumière douce promenée sur une petite ville déserte ? Sorel… La vie est paisible et lumineuse.  Pas une âme qui vive.  Je sens que je vais être heureuse dans cette lumière » (50).  Cet exemple montre un moment précis dans la vie d’Elisabeth où la lumière est abordée d’une manière positive. Le langage de la lumière montre l’atmosphère calme et douce, les sentiments de bonheur, et la protection qu’elle sentait chez ses tantes grâce à la solitude d’une « une petite ville déserte » (50).  C’est une lumière vécue en solitude, qui est douce et qui signifie une période de bonheur.  Ce souvenir montre un contraste entre la vie antérieure d’Elisabeth et la réalité de sa vie présente : une vie bruyante, remplie des cris de ses enfants, des questions de ses servants, et hantée par ses souvenirs de la vie de violence qu’elle a connue en tant qu’adulte.   

La présentation de la lumière chez Jérôme Rolland montre non seulement une distinction marquante entre la vie enfantine d’Elisabeth et sa vie adulte, mais aussi une explication de l’attirance et de la nostalgie pour sa vie antérieure.  La lumière chez Jérôme est sinistre et représente d’une part la peur de la dénonciation de la vérité, et d’autre part l’immobilité chez Elisabeth (ce que j’explorerai plus tard).  Puisque Jérôme est la seule personne qui pourrait exposer le rôle d’Elisabeth dans la mort d’Antoine, Elisabeth doit donc tout faire pour qu’on ne la soupçonne pas.  Elle doit montrer à la société qu’elle est une femme dévouée et pieuse.  La signification de la lumière chez Jérôme est différente notamment en ce qui concerne la lumière chez les tantes à cause de la présence de la société et des conséquences qui en résultent pour Elisabeth.  La lumière dont Elisabeth se souvient chez ses tantes n’est pas menaçante parce qu’elle représente la solitude et l’éloignement de la société.  En d’autres termes, la maison représente l’isolement, et en ce sens c’est un lieu de refuge qui la protège de la société et des regards sur elle.  La lumière est dangereuse chez Jérôme, par opposition, parce qu’elle représente la possibilité d’une révélation de la vérité, qui aurait des conséquences très graves pour Elisabeth.  Même si la cour de justice, dix-huit ans auparavant, l’a proclamée non coupable dans la mort d’Antoine, Elisabeth sait que Jérôme pourrait contredire ce verdict. 

Le moment qui change tout, quand Elisabeth se rend compte des soupçons de Jérôme, a lieu quand ce dernier lui demande de lire un passage de la Bible.  Quand elle regarde la Bible, « Un passage est souligné, d’un trait de crayon.  ‘Le fond des cœurs apparaîtra – Rien d’invengé ne restera’ » (16).  Cette phrase la frappe comme un éclair parce que ces mots mettent en question la sécurité de cette vie qu’elle a vécue pendant dix-huit ans.  Ainsi éprouve-t-elle le côté sinistre de la lumière.  « La respiration de plus en plus courte de l’homme qui emplit le silence.  La femme [Elisabeth] tremble.  La voici qui se penche au-dessus de la table pour souffler la lampe.  La lumière est insupportable.  Les fenêtres sans rideaux aussi » (155).  Cette description illustre la peur chez Elisabeth, peur qui est évoquée par la lumière.  Ici, Elisabeth est entourée par la lumière dans la chambre de Jérôme, et par conséquent, elle est affectée de deux façons : psychologique et physique.  La présentation de la chambre et en particulier de la lumière dans la chambre suggère la force terrifiante de cette lumière qui entoure Elisabeth.  Il y a deux sources de lumière dans la chambre de son deuxième mari : la lampe et le soleil, qui représentent respectivement le regard de la société et le regard de Dieu.  Laissée à la merci de la lumière, Elisabeth essaye d’éteindre la lampe, mais elle ne réussit pas à se protéger du soleil à cause du manque de rideaux.  Cette situation souligne un manque de défense chez Elisabeth.  Elle est coincée dans cette chambre, comme dans sa vie avec Jérôme, terrorisée par la possibilité de la vérité éclatante qui pourrait tout changer.

En conséquence, la lumière chez Jérôme est un symbole de la double question de la culpabilité et de l’immobilité chez Elisabeth, qui représente à la fois une lutte intérieure ainsi qu’une lutte extérieure.  Chez le deuxième mari d’Elisabeth, la lumière signifie un moyen d’éclairer la vérité, d’allumer l’évidence du meurtre et les sentiments de peur et de culpabilité éprouvés par Elisabeth, sentiments qui la brûlent de l’intérieur.  Même si Elisabeth arrive à s’échapper de la justice et de la société, elle sait qu’elle ne peut pas se cacher de Dieu, et qu’elle ne peut pas fuir le jugement final.  Dans un contexte chrétien, tel qu’il est présenté dans Kamouraska, la lumière, ainsi que l’ombre, prennent des rôles significatifs.  En analysant la présence de la religion à travers ce symbole de la noirceur, la lumière sert à rappeler à Elisabeth ses péchés, et donc la possibilité de la culpabilité divine.  L’incapacité chez Elisabeth à sortir de la lumière dans la chambre de son mari fait référence au regard de Dieu, qui la suit partout dans l’inconscient.  Alors, elle devient immobile dans le sens qu’elle ne va nulle part sans que Dieu la voie.  De l’autre coté, elle est rigide devant son mari et devant la société ; c’est-à-dire, elle doit agir comme une bonne épouse pour ne pas provoquer son mari. 

            La lumière omniprésente renforce le thème du manque de mobilité chez Elisabeth, qui est toujours sous le regard de quelqu’un dans sa vie.  Le seul moment de sa vie où elle est libre est pendant son enfance, et même cette période ne dure pas longtemps.  Ensuite, pendant son premier mariage, Elisabeth découvre l’immobilité à nouveau.  La lumière qui symbolise ce moment dans sa vie en illustre les conséquences pour Elisabeth : « Ce n’est pas que la lumière soit particulièrement insistante.  Mais c’est cette terrifiante immobilité » (69).  C’est la présence de l’autre, dans la réalité ou dans l’inconscient, qui encage Elisabeth, et l’image de la lumière signifie cette présence constante autour d’elle.  À l’exception de quelques moments libres dans son enfance et pendant sa liaison avec George, Elisabeth est entourée et suivie de personnes, sans aucune liberté de mouvement.  De cette manière, elle n’est plus qu’une « poupée mécanique » (70).  La condition de sa vie au moment de son premier mariage sert comme exemple de cette idée à cause du contrôle total qu’Antoine a essayé d’appliquer sur elle.  Ce manque de mobilité pendant sa vie avec Antoine est illustré par la façon dont Antoine l’a traitée, comme une marionnette qu’on fait bouger à son gré.  Même si, plus tard, Jérôme ne la contrôle pas d’une manière aussi physique, Elisabeth doit jouer le rôle d’une poupée : elle est belle à regarder, et elle n’agit pas pour elle-même. 

            Si la lumière dans la vie d’Elisabeth représente le contrôle, la peur, la culpabilité et l’immobilité si terrifiants, est-ce que la mort de Jérôme, et donc l’absence de lumière, pourraient fournir enfin une libération chez elle ? Est-ce que le noir pourrait alors servir comme symbole de la libération et de la mobilité ?  Pour explorer cette possibilité, il faut examiner l’exemple par excellence des ténèbres dans Kamouraska, c’est-à-dire George et ce qui l’entoure.  Comme Elisabeth le décrit, tout est noir chez lui, ce qui le met en contraste avec Elisabeth et la lumière omniprésente : « Œil, barbe, cils, sourcils, noirs.  L’amour noir » (31).  La préfiguration de ce personnage se réalise au fur et à mesure dans l’histoire.  Alors que c’est la lumière révélatrice dont Elisabeth ne peut pas s’échapper et qui menace de révéler la vérité, c’est l’ombre noire qui entoure George et qui évoque le mystère et l’inconnu.  Ce manque de lumière chez George met en perspective les limitations chez Elisabeth par rapport à son amant, surtout par rapport à la question de la mobilité.  Un exemple qui illustre ce contraste marquant est l’importance de la nuit pour George.  C’est pendant la nuit qu’il voyage chez Antoine et qu’il quitte la province. En fait, c’est grâce à la nuit qu’il peut fuir parce que c’est le noir qui le protège ; il part dans les ténèbres sans être suivi.  Cette mobilité le met en contraste avec Elisabeth, qui non seulement ne peut pas sortir de sa vie avec Jérôme et Antoine, et de la société, malgré ses efforts, mais aussi pour qui la nuit n’est pas un refuge.  Ce n’est pas tant qu’Elisabeth soit une femme faible—elle montre sa capacité intellectuelle pendant son complot pour tuer son premier mari—ce sont les contraintes de la société qui l’empêchent d’abord de s’en aller et ensuite d’échapper aux conséquences, une des conséquences qui est, pour Elisabeth, un second mariage.  De plus, George part, la condamne et disparaît pendant la nuit, et Elisabeth n’a pas plus d’options la nuit que le jour. 

En revanche, ce n’est pas que la nuit soit inutile pour Elisabeth ou qu’elle n’aie pas d’option de mobilité ; la nuit ne lui est pas indifférente.  Elle est plutôt un symbole de souffrance : Elisabeth souffre pendant la nuit à cause des mauvais rêves, de l’insomnie, et de la nécessité de la vigilance auprès de son deuxième mari.  Le poème « Leçon des ténèbres » d’Anne Hébert nous donne un angle par où approcher une compréhension plus profonde des conséquences véritables de la nuit dans la vie d’Elisabeth.  C’est non seulement une barrière mais aussi quelque chose qui la blesse.  À travers ce poème, des images de la vigilance dans la nuit et du thème de l’immobilité émergent :

S’endormir debout

Comme un arbre

Dans la nuit

 

Sans cils ni paupières

Les yeux grands ouverts

S’emplir la nuit

À ras bord

 

Le cœur noir de la nuit

Ruisselle sur mon cœur

Change mon sang

En encre de Chine

 

La nuit fluide coule dans mes veines

Je m’enracine en forêt noire

Chevilles liées

Âme dissoute dans la nuit

Immobile

Attendre que les temps soient révolus

Dans l’espoir d’une petite étoile

À l’horizon couleur de suie

 

(Hébert, Day Has No Equal But Night 106)

 

Par conséquent, la nuit n’est pas un recours pour Elisabeth comme elle l’est pour George.  Toujours attentive, toujours défensive, Elisabeth aussi « S’endor[t] debout / Comme un arbre / Dans la nuit ».  Chez son deuxième mari, elle est enracinée, piégée, parce qu’elle n’a pas d’autre option sauf de se marier encore une fois après le meurtre d’Antoine et la fuite de George.  George, par contre, a la capacité de se réfugier dans et de profiter de la nuit, ce qu’il fait sans Elisabeth.  Dans le poème, la phrase « Les yeux grands ouverts » illustre les niveaux différents du regard par rapport à Elisabeth : ce sont d’abord les yeux d’Elisabeth qui regardent ce qui se passe autour d’elle pour être vigilante aux dangers, dans la lumière comme dans les ténèbres ; d’une autre manière, ce sont les yeux de la société sur Elisabeth, ce regard qu’elle fait tout pour éviter ; enfin, ces yeux pourraient représenter une espèce de regard divin, comme une lumière qui brise la noirceur pour éclairer la vérité.  Dans le poème, cette vérité est représentée par  « Le cœur noir », qui change le sang en noir comme l’amour noir entre Elisabeth et George produit l’acte noir du meurtre.  Par conséquent, cette évolution vers la noirceur force Elisabeth à rester toujours vigilante, et en même temps, à ne pas bouger.  « Immobile », Elisabeth attend.  Il s’ensuit que le manque de ponctuation dans ce poème représente le fait d’être suspendu dans la réalité, ce qui est, pour Elisabeth, une attente dans le temps.  Pour Elisabeth, ce moment d’attente continue.

            La lumière a une signification différente pour Elisabeth et l’affecte différemment selon le moment de sa vie ainsi que le lieu.  Elisabeth est suspendue entre sa vie présente, son passé, et l’avenir qui est inconnu, et pourtant, son identité change pendant le cours de sa vie.  Elle est Elisabeth d’Aulnières, Elisabeth Tassy, Elisabeth Rolland, jeune fille, femme, amante, mère.  De plus, semblable à la lumière, son identité n’est pas quelque chose qu’elle peut contrôler, parce qu’elle dépend de la situation.  Pourtant, même si son rôle change, elle est toujours femme, juste une femme divisée.  Selon Janis Pallister,   

Kamouraska… exemplifies the parameters of a feminine that emerges as an ambiguous self, divided between guilt and innocence, revolt and subservience, conventional morality and illicit passion.  Woman as witch and whore, mother and loving wife, murderess and guardian angel—such is the story of Elisabeth. (31)

Elisabeth est un personnage aussi complexe que rôle de la lumière dans sa vie, mais elle est quand même sans pouvoir à la fin.  Le rôle de la lumière dans la vie d’Elisabeth met accent sur le fait qu’elle est femme.  Elle a eu des identités différentes au cours de sa vie, mais en fin de compte, elle est toujours femme et George peut la quitter et la laisser sans défense ni options.  La lumière qui laisse Elisabeth immobile symbolise l’immobilité qu’elle vit en tant que femme.  À la différence de George, Elisabeth n’a ni les moyens, ni l’opportunité de quitter sa vie présente, même si elle a essayé de le faire avec George.  Finalement, elle ne peut pas se défendre.  Par exemple, quand Antoine la bat et la menace, elle ne peut pas le quitter.  Même quand elle retourne chez ses tantes, il est toujours présent.  Il va et vient quand il le veut, et s’il part, Elisabeth a toujours peur qu’il revienne.  Donc, elle attend, parce qu’elle n’a pas d’autres choix. 

            Le manque de lumière autour de George donne un contraste à la condition d’Elisabeth, une femme suivie par la lumière.  On ne regarde pas George à chaque instant, comme on le fait avec Elisabeth.  Il a la capacité d’échapper aux lois de la société grâce au fait qu’il est un homme.  Il a de l’argent, un cheval, une éducation, et il n’a pas besoin d’une femme pour vivre.  En revanche, Elisabeth est encagée, suivie par la lumière et les regards des personnes autour d’elle.  Tout ce qu’elle peut faire pour se défendre, c’est de vivre l’image de l’innocence et de la bonne épouse.  Elle décrit ce fait en disant « Je n’ai qu’à devenir si sage qu’on me prenne au mot.  Fixer le masque de l’innocence sur les os de ma face » (245).  Puisqu’elle ne peut pas s’éloigner de la situation comme George, elle doit vivre comme si rien ne s’était passé.  Elisabeth n’a pas d’options qui lui permettent de disparaître. 

L’image de la femme noire à la fin de l’histoire illustre ses perspectives pour l’avenir, qui sont moroses.  « Lorsque la femme se présente dans la ville, courant et implorant, le tocsin se met à sonner.  Elle ne trouve que des portes fermées et le désert de terre battue dont sont faites les rues.  Il ne lui reste sans doute plus qu’à mourir de faim et de solitude » (246).  Cette image fait partie d’un cauchemar d’Elisabeth, qui a tenté d’échapper à sa vie avec Antoine, mais qui n’a pas réussi.  La présentation de la lumière dans Kamouraska ne représente pas un manque total de pouvoir chez la femme, mais montre plutôt les conséquences pour une femme sans ressources, qui est entourée par la société d’un côté, et de la religion de l’autre.  Même si Elisabeth reste seule, sans options, comme la femme noire, cela représente plutôt l’opportunité ratée, pas forcément non tentée.  Elisabeth a réussi à manipuler sa servante, Aurélie Caron, et George, mais quand leur plan de la libérer de sa vie contrainte n’a pas marché, Elisabeth n’a aucune autre sortie comme en a eu son amant. La lumière éclaire donc la condition de la femme à cette époque, qui est limitée par sa position dans la société.  Même si Elisabeth est une femme forte, intelligente, et même vicieuse, elle n’a pas les moyens de sortir de cette position, et doit donc finalement vivre immobile et encagée.  Il n’y a pas de choix pour Elisabeth : la nuit comme le jour sont toujours cruels pour elle.  « On me jette un filet noir sur la tête et les épaules.  Me voici prise, entraînée, poussée, tirée.  Capturée » (135).  Elle n’est pas enterrée, Elisabeth, mais couverte.

 

Ouvrages cités

Chevalier, Jean et Alain Gheerbrant. A Dictionary of Symbols. Trans. John Buchanan.

London: Penguin Books, 1996.

Hébert, Anne. Day Has No Equal But Night. Trans. A. Poulin, Jr. Brockport: Boa

Editions, 1994.

-----. Kamouraska. Paris: Éditions du Seuil, 1970.

Pallister, Janis. The Art and Genius of Anne Hébert. Madison: Fairleigh Dickenson

University Press, 2001.

 



[1] Selon Chevalier, « [I]n the mystical sense, the glorification of Light is absolute, since it becomes in itself the first revelation of godhead, in which the perceptible quality is so strong that God reveals himself without needing to take any shape, light providing a manifestation in conflict with darkness » (604).